Le sommeil en entreprise : 5 questions à Diane Duperret

Diane Duperet

Entretien avec Diane Duperret experte dans la gestion du stress, le sommeil, la récupération, la résilience et le leadership humain

20 juillet 2026

Le sommeil est souvent considéré comme une affaire privée. Pourtant, il influence directement la concentration, la prise de décision, la créativité, les relations de travail et la santé des collaborateurs. Alors que les organisations s’interrogent sur la prévention du stress, du burn-out et des risques psychosociaux, la qualité du sommeil apparaît comme un levier de performance encore largement sous-estimé.

Nous avons posé cinq questions à Diane Duperret, spécialiste de la performance durable, de la gestion du stress et du sommeil en entreprise. Après près de vingt ans passés en entreprise, notamment dans des fonctions de direction au sein d’entreprises internationales, elle accompagne aujourd’hui les organisations dans le développement des capacités humaines qui permettent de préserver durablement la santé, l’engagement et la performance des collaborateurs.

Je lui ai posé 5 questions dont je vous partage les réponses.

On parle beaucoup de stress au travail, mais beaucoup moins du sommeil. Pourquoi est-il devenu un enjeu majeur pour les organisations ?

Diane :

Parce qu’on sous-estime encore énormément son impact. Quand une entreprise parle de concentration, de qualité des décisions, de sécurité, de créativité ou de collaboration, elle parle aussi de sommeil, même sans le savoir. Le sommeil n’est pas uniquement une question de santé individuelle. C’est un véritable levier de performance humaine.

En Suisse, près d’une personne sur trois déclare souffrir de troubles du sommeil. Si un tiers de la population est concerné, il y a fort à parier que l’on retrouve sensiblement la même proportion au sein de chaque entreprise. Il ne s’agit donc pas d’un problème individuel isolé, mais bien d’un enjeu organisationnel.

Ce qui me frappe, c’est que les organisations investissent beaucoup dans le développement des compétences techniques, mais beaucoup moins dans les capacités humaines qui permettent de les utiliser durablement : gérer son énergie, récupérer efficacement, rester concentré, réguler son stress ou prendre de bonnes décisions sous pression. Or toutes ces capacités dépendent, en partie, de la qualité du sommeil.

Le sommeil est probablement l’un des leviers de prévention les plus rentables, et pourtant encore largement sous-exploité dans les organisations.

Nous passons beaucoup de temps à apprendre à mieux travailler. Très peu de temps à apprendre à mieux récupérer. Pourtant, c’est souvent la qualité de notre récupération qui détermine la qualité de notre performance.

Les managers ont-ils un rôle à jouer dans la prévention de la fatigue et de l’épuisement ?

Diane :

Oui, mais pas dans le sens où ils devraient devenir des spécialistes du sommeil. En revanche, ils influencent fortement les conditions qui permettent ou non de bien récupérer.

Un manager qui envoie des messages tard le soir, qui valorise les journées interminables ou qui entretient une culture de l’urgence permanente envoie, souvent sans le vouloir, un message très clair : la récupération passe après la performance. À l’inverse, un manager peut normaliser les pauses, encourager des moments de récupération, respecter les temps de déconnexion et ouvrir le dialogue lorsque la fatigue devient chronique.

J’aime rappeler que la récupération n’est pas une récompense après le travail. C’est une capacité qui permet de continuer à bien travailler dans la durée. C’est en fait une condition sine qua non de la performance.


Quelles sont les idées reçues les plus fréquentes concernant le sommeil ?

Diane :

Il y en a beaucoup. La première est de penser que le sommeil est une affaire de quantité uniquement. Bien sûr, dormir suffisamment est important, mais la qualité du sommeil, sa régularité et la façon dont on passe ses journées jouent également un rôle majeur. Une autre idée reçue consiste à croire que l’on peut compenser durablement une semaine de mauvais sommeil en dormant très longtemps le week-end. Cela apporte un soulagement ponctuel, mais ne règle pas le problème de fond.

J’entends aussi très souvent cette phrase : « Je dors mal, mais c’est comme ça. » Beaucoup de personnes pensent qu’elles sont condamnées à mal dormir. Pourtant, dans la majorité des cas, il existe des habitudes, des comportements ou des facteurs de stress sur lesquels il est possible d’agir. Bien sûr, certains troubles nécessitent une prise en charge médicale, mais beaucoup de difficultés de sommeil peuvent déjà être améliorées grâce à quelques ajustements ciblés.

Enfin, beaucoup de personnes pensent que les difficultés de sommeil se jouent uniquement le soir. En réalité, la qualité de notre sommeil dépend énormément de ce qui se passe pendant la journée : notre exposition à la lumière naturelle, notre niveau d’activité physique, la façon dont nous gérons notre stress, nos moments de récupération ou encore notre capacité à ralentir progressivement avant la nuit.

Le sommeil est le reflet de notre équilibre global bien plus qu’un simple moment de la journée.

Prevention RPS sommeil Geneve Vaud

Quels sont les premiers signes qu’un manque de sommeil commence à avoir un impact sur la vie professionnelle ?

Diane :

Les signes sont souvent beaucoup plus subtils qu’on ne l’imagine. On pense spontanément à la fatigue, mais ce n’est généralement pas ce qui inquiète les entreprises en premier. Ce qu’elles observent, ce sont des collaborateurs qui ont davantage de difficultés à se concentrer, qui font plus facilement des erreurs, deviennent plus irritables, prennent des décisions plus impulsives ou mettent davantage de temps à récupérer après une journée chargée.

On remarque aussi une baisse de créativité, une moindre capacité à gérer les imprévus et parfois une augmentation des risques d’accidents, notamment dans les métiers où la vigilance est essentielle. La SUVA estime d’ailleurs qu’environ un accident professionnel sur cinq est lié à la fatigue ou à un manque de sommeil. On comprend alors que le sommeil ne relève pas uniquement du bien-être individuel, mais également de la qualité du travail et de la sécurité au travail. Le manque de sommeil agit un peu comme un impôt invisible sur nos capacités cognitives et émotionnelles. On continue à fonctionner, mais avec moins de ressources disponibles.

Si vous deviez donner un conseil simple aux collaborateurs pour améliorer durablement leur sommeil, lequel choisiriez-vous ?

Diane :

Je leur dirais de ne pas commencer par leur nuit. Commencez par votre journée. Posez-vous simplement cette question : « Qu’est-ce que j’ai fait aujourd’hui qui a aidé mon sommeil… et qu’est-ce qui l’a rendu plus difficile ? » Cette façon d’observer change complètement la perspective. On réalise que le sommeil se construit progressivement : grâce à des moments de récupération, à une meilleure gestion du stress, à quelques minutes de lumière naturelle le matin, à une respiration qui aide le système nerveux à redescendre, ou encore à un véritable sas entre le travail et la vie personnelle.

Et puis, il y a aussi un conseil qui peut sembler évident, mais qui mérite d’être rappelé tant il est encore peu appliqué : essayez de couper les écrans au moins une heure avant le coucher. Entre la lumière bleue, les sollicitations permanentes et la stimulation mentale qu’ils entretiennent, ils retardent souvent l’endormissement et nuisent à la qualité du sommeil.

Il ne s’agit pas de tout changer du jour au lendemain. Ce sont souvent de petites habitudes, répétées avec régularité, qui produisent les effets les plus durables.


À propos de Diane Duperret

Après près de vingt ans passés en entreprise, notamment dans des fonctions de direction au sein d’entreprises internationales, Diane Duperret accompagne aujourd’hui les organisations dans le développement de la performance durable. Spécialisée dans la gestion du stress, le sommeil, la récupération, la résilience et le leadership humain, elle conçoit et anime des conférences, des ateliers et des formations destinés à renforcer durablement la santé, l’engagement et la performance des collaborateurs.


Julien Tardy

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