Intelligence artificielle en Suisse : l’adoption progresse, mais la transformation reste à construire

ChatGPT Image 11 juin 2026 14 08 15

L’intelligence artificielle n’est plus une technologie réservée aux laboratoires de recherche ou aux géants de la Silicon Valley. Elle s’impose désormais dans le quotidien des entreprises suisses et modifie progressivement les façons de travailler, de collaborer et de produire de la valeur.

Selon l’étude UBS Outlook Suisse publiée en mai 2026, réalisée en partenariat avec l’institut Intervista auprès de près de 2 500 entreprises helvétiques, 60 % des organisations utilisent déjà des outils d’intelligence artificielle dans leurs activités. Un chiffre qui témoigne d’une accélération spectaculaire de l’adoption de l’IA depuis seulement quelques années.

Mais derrière cette progression rapide se cache une réalité plus contrastée : l’intelligence artificielle est largement utilisée, mais rarement exploitée à son plein potentiel.

Une adoption massive, mais encore essentiellement opérationnelle

La plupart des entreprises ont franchi le premier pas vers l’intelligence artificielle. Les collaborateurs utilisent désormais régulièrement des outils tels que ChatGPT, Copilot ou Claude pour améliorer leur efficacité quotidienne.

Les usages les plus répandus concernent :

  • La rédaction d’e-mails et de courriers professionnels
  • La synthèse de documents et de rapports
  • La création de contenus marketing
  • La préparation de présentations et supports de réunion
  • La recherche d’informations et la veille documentaire
  • L’aide à la rédaction de comptes rendus ou de procédures

Ces applications permettent des gains de temps significatifs et améliorent la productivité individuelle. Toutefois, elles restent principalement des usages tactiques.

L’étude UBS révèle ainsi qu’à peine 5 % des entreprises ont réellement intégré l’intelligence artificielle au cœur de leur modèle économique ou de leurs processus stratégiques.

Autrement dit, la majorité des organisations utilisent l’IA comme un outil supplémentaire, mais peu l’ont encore transformée en véritable levier de compétitivité.

De l’expérimentation à la transformation

La différence entre les entreprises qui expérimentent l’IA et celles qui en tirent un avantage concurrentiel durable ne réside pas dans la technologie elle-même.

Les outils sont aujourd’hui largement accessibles à tous.

La véritable différence se situe dans la capacité à transformer les processus, repenser l’organisation du travail et développer les compétences nécessaires pour exploiter pleinement ces nouvelles possibilités.

Les entreprises les plus avancées utilisent déjà l’IA pour :

  • Automatiser certaines tâches administratives complexes
  • Optimiser les processus de relation client
  • Améliorer la prise de décision grâce à l’analyse de données
  • Accélérer le développement de nouveaux produits et services
  • Renforcer la personnalisation des offres
  • Soutenir les activités de recherche et d’innovation

L’intelligence artificielle cesse alors d’être un simple outil de productivité pour devenir un véritable moteur de transformation.

Le principal défi : les compétences humaines

Contrairement à une idée répandue, le principal obstacle à l’adoption de l’IA n’est pas technologique.

L’étude UBS met en évidence une réalité préoccupante : près de 70 % des entreprises suisses déclarent rencontrer des difficultés importantes pour recruter ou développer les compétences nécessaires à la conduite de projets IA.

Cette pénurie concerne plusieurs domaines :

  • La compréhension des technologies d’intelligence artificielle
  • La maîtrise du prompt engineering
  • L’analyse critique des résultats générés
  • La gouvernance des données
  • Les questions juridiques et éthiques
  • La conduite du changement

Posséder un accès à ChatGPT ou à un autre assistant intelligent ne suffit pas.

Il faut savoir formuler les bonnes demandes, évaluer la pertinence des réponses, sécuriser les informations sensibles et accompagner les collaborateurs dans l’évolution de leurs pratiques professionnelles.

La véritable révolution de l’IA est avant tout une révolution des compétences.

Une approche suisse pragmatique face à l’IA

La Suisse adopte une position relativement différente de celle observée dans l’Union européenne.

Alors que l’Europe met progressivement en œuvre l’AI Act afin d’encadrer les usages de l’intelligence artificielle, la Suisse privilégie actuellement une approche plus pragmatique, sectorielle et orientée vers l’innovation.

Cette flexibilité constitue un avantage pour les entreprises qui souhaitent expérimenter rapidement de nouvelles solutions.

Cependant, elle peut également créer une certaine hétérogénéité dans les pratiques et ralentir l’industrialisation des projets les plus ambitieux.

L’étude souligne par ailleurs un écart important entre les grandes entreprises et les PME.

Les secteurs de la banque, de l’assurance, de la pharmacie ou de l’industrie disposent souvent de ressources suffisantes pour mener des projets structurés à grande échelle.

À l’inverse, de nombreuses PME restent encore dans une phase d’expérimentation ponctuelle, sans vision globale ni stratégie de déploiement.

Pourquoi 2027 sera une année charnière

Les prochaines années devraient marquer un tournant majeur.

L’intelligence artificielle ne sera bientôt plus un avantage compétitif réservé aux pionniers ; elle deviendra progressivement une compétence de base dans la plupart des métiers.

Les organisations qui réussiront demain seront celles qui sauront passer :

  • D’une utilisation tactique à une intégration stratégique
  • D’outils isolés à des processus intégrés
  • D’expérimentations individuelles à des pratiques collectives
  • D’une logique technologique à une logique de transformation humaine

Les enjeux ne concernent plus uniquement la technologie.

Ils touchent désormais la culture d’entreprise, le management, la formation, l’organisation du travail et l’accompagnement du changement.

Former l’humain pour réussir la transition IA

L’intelligence artificielle ne remplacera pas l’humain.

En revanche, les professionnels capables de collaborer efficacement avec ces nouveaux outils disposeront d’un avantage considérable sur ceux qui ne développeront pas ces compétences.

C’est pourquoi les entreprises les plus performantes investissent aujourd’hui dans l’upskilling de leurs collaborateurs et dans la montée en compétence de leurs managers.

Chez CH Formation, nous accompagnons les organisations dans cette transition à travers :

  • La formation à l’intelligence artificielle générative
  • Le développement des compétences de prompting
  • L’accompagnement des managers face aux transformations induites par l’IA
  • La création de parcours d’upskilling adaptés aux métiers
  • La mise en place de bonnes pratiques en matière d’éthique, de sécurité et de confidentialité
  • L’accompagnement du changement culturel lié à l’intelligence artificielle

L’enjeu n’est plus de savoir si l’IA va transformer les entreprises. Cette transformation est déjà en cours.

La véritable question est désormais de savoir quelles organisations sauront transformer cette évolution technologique en avantage durable pour leurs collaborateurs, leurs clients et leur performance.

 

Si l’on se projette à l’horizon 2030, il est probable que nous regardions les usages actuels de l’IA de la même façon que nous regardons aujourd’hui Internet en 1998 : une technologie déjà présente, mais encore très loin de son plein potentiel.

IA en 2030

L’IA en 2030 : de l’assistant au collaborateur numérique

Aujourd’hui, l’IA répond à des questions. D’ici 2030, elle exécutera des processus complets : rédiger un compte-rendu, l’envoyer aux participants, créer les actions de suivi et surveiller leur avancement. Elle deviendra un véritable collaborateur numérique.

Les gains de productivité pourraient atteindre 10 à 30 % dans de nombreux métiers administratifs, RH, commerciaux, marketing, juridiques ou informatiques. L’enjeu ne sera plus d’utiliser l’IA, mais de l’utiliser mieux que ses concurrents.

Le rôle des managers évoluera également. Moins de contrôle et de reporting, davantage d’arbitrage, de développement des compétences, de gestion des situations complexes et d’animation des équipes. Le management deviendra plus humain.

Chaque collaborateur pourrait disposer de plusieurs assistants spécialisés (RH, commercial, marketing, juridique, bureautique) travaillant en arrière-plan et collaborant entre eux. L’entreprise deviendra ainsi « augmentée » par l’IA.

Tous les métiers ne disparaîtront pas, mais les compétences évolueront. Les profils capables de travailler avec l’IA, piloter le changement, structurer les processus ou contrôler les usages seront particulièrement recherchés.

Le principal risque sera l’écart croissant entre les entreprises qui auront intégré l’IA dans leurs pratiques et celles qui ne l’auront pas fait. À produits et marchés identiques, les différences de performance pourraient devenir considérables.

La Suisse dispose d’atouts majeurs : une main-d’œuvre qualifiée, des centres d’excellence comme l’EPFL et l’ETH Zurich, ainsi qu’une forte culture de l’innovation. Les entreprises qui investiront dès aujourd’hui dans la formation et l’accompagnement de leurs équipes seront les mieux positionnées pour réussir cette transformation.

Pour les organismes de formation, l’enjeu de demain ne sera plus seulement d’enseigner l’IA, mais d’aider les professionnels à manager, vendre, recruter, négocier ou piloter des projets avec l’IA. C’est là que se concentrera l’essentiel de la demande à l’horizon 2030.