IA et nouvelles générations : l’expérience a-t-elle encore une place ? — le regard de Barbara Gros-Piron

IA jeune génération et expérience Genève, Vaud, Fribourg, Zurich

L’intelligence artificielle transforme rapidement nos façons de travailler, d’apprendre et de développer nos compétences. Mais son adoption soulève aussi une question moins souvent abordée : que se passe-t-il lorsque l’on utilise l’IA avant même d’avoir acquis, par l’expérience, certaines compétences professionnelles ?

Cette question concerne particulièrement les nouvelles générations qui entrent aujourd’hui dans le monde du travail avec des outils capables de rédiger, analyser, synthétiser ou structurer une réflexion en quelques secondes.

Après avoir consacré plusieurs articles à la place croissante des compétences humaines dans la performance des organisations, nous avons souhaité ouvrir une autre perspective : celle de l’expérience professionnelle et des compétences qui se construisent au contact des autres, dans les projets, les difficultés, les décisions et les relations de travail.

Barbara Gros-Piron, formatrice et consultante indépendante, nous livre ici sa réflexion personnelle sur ces compétences que l’intelligence artificielle peut accompagner, mais qui nécessitent encore d’être vécues pour véritablement se développer.


« The Skills AI will not Replace »

Pourquoi les compétences humaines deviennent essentielles à l’ère de l’intelligence artificielle

L’objectif de ce titre n’est pas d’opposer l’IA aux compétences humaines. L’IA est en train de transformer profondément notre façon de travailler, et nous avons tout intérêt à apprendre à travailler avec elle.

Mais une question me semble importante : si l’IA peut faire toujours plus de choses à notre place, que restera-t-il à faire à l’humain ?

Je pense que la réponse se trouve dans la manière dont nous travaillons et vivons avec les autres. À travers ce qu’on appelle parfois les « soft skills » : notre habilité à comprendre, communiquer, décider, et créer une relation de confiance avec les personnes autour de nous.

On réfère parfois à l’IA comme « mon meilleur ami ChatGPT »

Aujourd’hui, on pense avoir trouvé le graal. C’est mon cas, et pour beaucoup, l’IA est clairement une évolution importante dans nos vies.

L’IA rend certaines tâches complexes et ennuyeuses extrêmement simples et rapides sans parler des prouesses techniques « qu’il » arrive à faire aujourd’hui dans de multiples domaines.

Qu’en est-il pour les plus jeunes ? Pour celles et ceux qui démarrent dans la vie professionnelle, que représente l’IA ? Est-ce vraiment la même chose pour eux que pour nous ? Je ne suis pas si sûr. L’IA est « notre meilleur ami » car il nous aide à faire les choses qu’on sait déjà faire mais ne veut plus faire. Pour les nouvelles générations, l’IA les aide à faire beaucoup plus.

C’est là la différence à laquelle il faut faire attention, surtout au niveau des « soft skills ». Il faut quand même les développer et pour cela, l’IA ne peut pas intervenir.

La preuve, vécue

Après de nombreuses années en entreprises, à accompagner des équipes dans des environnements complexes, j’ai observé que les compétences qui permettent réellement de faire la différence ne sont pas celles dites techniques. Ce sont celles qui reposent sur nous, notre personne, l’humain.

Je l’ai vécu à travers un projet important pour mon employeur de l’époque ; le lancement d’une nouvelle thérapie que peu de collègues connaissaient.

Comment faire avancer les équipes dans une organisation matricielle ?

Mon expérience en gestion de projet était importante mais ce n’était pas ça qui m’a permis de réussir ce lancement dans les temps avec mes équipes. C’était ma capacité à les convaincre, apprendre à les connaître individuellement et de les emmener avec moi. Ces choses précises, parmi d’autres, ont été la clé de mon succès et non pas mon habilité à créer un diagramme de GANTT* ou de « prompter » une IA.

Diagramme de Gantt definition

*Un diagramme de Gantt est un outil visuel de gestion de projet qui représente le planning des tâches sur une ligne du temps. Il permet de voir d’un seul coup d’œil qui fait quoi, quand, et pendant combien de temps

En conclusion

C’est cette expérience, parmi beaucoup d’autres, qui m’amène aujourd’hui à réfléchir à la place des compétences humaines dans un monde où l’IA devient de plus en plus performante.

Pour le moment, l’IA n’apporte pas encore toutes les solutions et ne remplace pas toutes les compétences.

Celles et ceux qui sauront développer des compétences humaines comme la pensée critique, l’adaptabilité et la maîtrise de soi lors du vécu professionnel tout en exploitant les richesses de l’IA seront réellement compétitives sur le marché du travail. Il faut créer et vivre des expériences avec les autres, ses collègues, des entreprises et personnes tierces.

L’IA peut nous aider à travailler plus vite et plus efficacement, mais elle ne rend pas pour autant nos compétences humaines moins importantes. Peut-être, au contraire, qu’elle les rend encore plus essentielles.

B. Gros-Piron, août 2026


Le regard de CH Formation

La réflexion de Barbara Gros-Piron pose finalement une question qui dépasse largement le débat entre compétences techniques et compétences humaines : comment continuer à apprendre par l’expérience dans un environnement où la technologie nous permet d’obtenir toujours plus rapidement une réponse, une analyse ou une solution ?

Pour les entreprises, l’enjeu n’est probablement pas de choisir entre intelligence artificielle et compétences humaines. Il consiste plutôt à permettre aux collaborateurs d’utiliser pleinement les nouveaux outils tout en continuant à développer, par la pratique et les interactions professionnelles, leur capacité à exercer leur jugement, à convaincre, à coopérer, à s’adapter et à prendre des décisions.

Cette question devient particulièrement importante pour les nouvelles générations. Lorsque l’IA intervient dès les premières années de la vie professionnelle, l’entreprise doit aussi réfléchir aux situations, aux responsabilités, aux échanges et aux expériences qui permettront aux jeunes collaborateurs de construire progressivement leur autonomie professionnelle.

L’IA peut accélérer l’accès au savoir. L’expérience reste essentielle pour apprendre à agir avec les autres.


À propos de Barbara Gros-Piron

 

Barbara Gros Piron

Barbara Gros-Piron est formatrice et consultante indépendante basée à Lausanne. Forte de plus de vingt ans d’expérience en entreprise (notamment dans le secteur pharmaceutique), dans la gestion d’équipes et de projets complexes, elle accompagne aujourd’hui les professionnels et les organisations dans le développement de leurs compétences, notamment dans les domaines de la communication, des langues et des compétences comportementales.

Nous remercions chaleureusement Barbara Gros-Piron d’avoir pris le temps de partager avec CH Formation cette réflexion personnelle sur l’intelligence artificielle, l’expérience professionnelle et les compétences humaines.

Pour aller plus loin

Développer les compétences humaines à l’ère de l’IA

CH Formation accompagne les entreprises dans le développement des compétences qui prennent une importance croissante avec la transformation du travail : management et leadership, communication et influence, intelligence relationnelle, gestion des conflits, accompagnement du changement et intelligence artificielle.