Athlète de haut niveau, pilote automobile et conférencier, Axel Allétru a construit son parcours autour d’une capacité hors norme à s’adapter, se reconstruire et continuer à avancer lorsque les repères basculent.
Mais que peut nous apprendre cette expérience dans le monde de l’entreprise ?
Dans l’entreprise aussi, les trajectoires ne suivent pas toujours le chemin prévu. Une transformation, un échec, une période d’incertitude ou des objectifs qui semblent s’éloigner peuvent profondément bousculer les repères d’un dirigeant ou d’une équipe. La question devient alors : comment rebondir et continuer à avancer ?
Pour cette nouvelle Conversation, nous avons posé 5 questions à Axel Allétru sur la résilience et la motivation, mais aussi sur la capacité à retrouver des leviers d’action et la force du collectif face au changement.
Votre parcours vous a confronté à un changement extrêmement brutal : en quelques instants, vos projets et votre avenir ont été profondément remis en question. Qu’avez-vous appris sur notre capacité à accepter une réalité que nous n’avons pas choisie et à commencer à reconstruire ?
À 20 ans, j’étais pilote de motocross, engagé en Championnat du monde. En quelques secondes, après une chute en compétition, je suis passé d’une vie entièrement tournée vers le sport et la performance à l’annonce d’une paraplégie. On m’expliquait que je ne remarcherais probablement plus.
Ce que j’ai appris, c’est qu’accepter une situation ne signifie pas s’y résigner. C’est même tout l’inverse. Tant que l’on dépense son énergie à lutter contre une réalité que l’on ne peut plus changer, on ne peut pas utiliser cette énergie pour construire la suite.
Il m’a fallu du temps pour comprendre que je ne pouvais pas changer ce qui m’était arrivé, mais que je pouvais encore décider de ce que j’allais en faire.
À partir de là, je me suis concentré sur ce qui était encore entre mes mains : aujourd’hui, qu’est-ce que je peux faire ? Quel est le prochain petit progrès possible ?
C’est quelque chose que je retrouve beaucoup dans les entreprises que j’accompagne. Lorsqu’une transformation arrive, on aimerait parfois revenir à « avant ». Mais le véritable point de départ, c’est le moment où l’on cesse de regarder uniquement ce que l’on a perdu pour regarder ce que l’on peut encore construire.
Dans les organisations, le changement provoque souvent de l’incertitude, de la peur ou une perte de repères. Selon votre expérience, qu’est-ce qui permet de passer progressivement de la résistance à l’action ?
Je crois d’abord qu’il faut accepter que la résistance soit normale. Face à un changement important, notre premier réflexe est souvent de chercher à conserver ce que nous connaissons. J’ai moi-même traversé cette phase.
Le déclic arrive lorsqu’on retrouve une forme de pouvoir sur la situation.
Après mon accident, si mon objectif avait été uniquement de « remarcher comme avant », chaque journée aurait pu être vécue comme un échec. J’ai donc appris à découper l’immense montagne qui se trouvait devant moi en objectifs beaucoup plus petits : récupérer un mouvement, gagner en autonomie, progresser de quelques mètres…
Et chaque petite victoire redonnait envie d’aller chercher la suivante.
Dans une entreprise, je pense que c’est assez similaire. Face à une transformation importante, dire simplement « il faut changer » ne suffit pas. Les équipes ont besoin de comprendre pourquoi, mais surtout de savoir sur quoi elles peuvent agir concrètement.
L’action redonne de la confiance. Et la confiance permet ensuite d’accepter davantage le changement.
Pour moi, le passage de la résistance à l’action commence souvent par une question très simple : « Dans cette situation que je n’ai peut-être pas choisie, qu’est-ce qui dépend encore de moi ? »
On parle beaucoup de résilience dans le monde professionnel. Mais peut-on réellement apprendre à devenir plus résilient, ou cette capacité se révèle-t-elle principalement lorsque nous sommes confrontés à l’adversité ?
Je ne pense pas que l’on naisse résilient ou non résilient.
La résilience est pour moi beaucoup plus proche d’un muscle. Elle se construit et se travaille.
Évidemment, les grandes épreuves révèlent des ressources que l’on ne savait parfois même pas posséder. Je n’aurais jamais imaginé, avant mon accident, être capable d’affronter certaines des choses que j’ai vécues ensuite. Mais il ne faut heureusement pas attendre un drame pour développer sa capacité d’adaptation.
On la travaille chaque fois que l’on sort de sa zone de confort, que l’on accepte un échec, que l’on apprend à revoir un plan auquel on tenait ou que l’on décide de recommencer différemment.
Et surtout, être résilient ne veut pas dire être fort en permanence. J’ai eu des moments de doute, de colère et de découragement. La résilience, ce n’est pas ne jamais tomber. C’est réussir, progressivement, à ne pas considérer une chute comme la fin de l’histoire.
C’est d’ailleurs ce que j’aime dans le mot « rebondir » : on ne choisit pas toujours le sol sur lequel on tombe, mais on peut travailler sur la manière dont on repart.
« On ne choisit pas toujours le sol sur lequel on tombe, mais on peut travailler sur la manière dont on repart.»
— Axel Allétru
Lorsque les difficultés s’accumulent, la motivation finit parfois par disparaître. Comment continuer à avancer lorsque l’objectif paraît lointain, que les résultats tardent à venir ou que l’on doute de sa capacité à réussir ?
Je me méfie beaucoup de l’idée selon laquelle il faudrait être motivé tous les jours pour réussir.
Personne ne l’est.
Pendant ma rééducation, il y a eu des journées où j’étais convaincu que j’allais y arriver et d’autres où je n’en pouvais plus. Si j’avais attendu d’être motivé pour travailler, j’aurais perdu énormément de temps.
Ce qui m’a permis d’avancer, c’est de mettre en place une discipline et surtout de regarder le chemin à très court terme. Quand l’objectif final paraît inaccessible, il peut devenir paralysant. Il faut alors arrêter de regarder uniquement le sommet et se concentrer sur la prochaine étape.
J’ai gardé cette philosophie dans tous les défis qui ont suivi : la natation, le Dakar, mes projets professionnels… Un grand objectif donne une direction, mais ce sont les petites actions répétées qui nous y emmènent.
Et lorsque les résultats tardent, il faut aussi apprendre à mesurer autrement le progrès. Parfois, nous avançons sans encore en voir les résultats.
La motivation est fluctuante. La discipline, le sens que l’on donne à ce que l’on fait et les petites victoires quotidiennes sont beaucoup plus solides.
Votre parcours est souvent présenté comme une formidable histoire de dépassement individuel. Pourtant, dans les périodes les plus difficiles, personne n’avance complètement seul. Quelle place le collectif, l’entourage et la confiance ont-ils occupée dans votre propre reconstruction ? Et que peut-on en retenir pour une équipe confrontée à une période de changement ?
C’est probablement l’un des messages auxquels je tiens le plus : derrière une réussite que l’on présente comme individuelle, il y a presque toujours un collectif.
Après mon accident, j’avais évidemment ma propre bataille à mener. Personne ne pouvait faire les heures de rééducation à ma place. Mais je n’aurais jamais parcouru tout ce chemin seul.
Ma famille, mes proches, les médecins, les kinésithérapeutes, les personnes qui ont cru en moi lorsque moi-même je doutais… chacun a joué un rôle.
Plus tard, lorsque j’ai remporté le Dakar, c’était encore plus évident. C’est mon nom qui apparaît dans le classement, mais sans les mécaniciens, le copilote, les ingénieurs, les partenaires et toutes les personnes qui travaillent dans l’ombre, aucune ligne d’arrivée n’est possible.
Dans une entreprise confrontée au changement, c’est exactement la même chose. Un collectif fort n’est pas un collectif dans lequel personne ne doute. C’est un collectif dans lequel on peut exprimer ses doutes, compter sur les autres et conserver suffisamment de confiance pour continuer à avancer ensemble.
J’ai également appris quelque chose d’essentiel : lorsque quelqu’un croit en vous, il vous prête parfois un peu de sa confiance le temps que vous retrouviez la vôtre. C’est aussi cela, la force d’une équipe.
On parle beaucoup de performance individuelle. Mon parcours m’a appris que les plus grandes performances sont presque toujours collectives.
septembre 2026

Merci à Axel Allétru
Nous remercions chaleureusement Axel Allétru d’avoir pris le temps de partager son expérience et son regard avec nous, sur des sujets qui résonnent tout particulièrement avec notre histoire et avec les valeurs humaines que nous souhaitons porter à travers nos conférences.
Au-delà d’un parcours exceptionnel, nous avons découvert une personnalité profondément humaine, accessible et généreuse, avec une manière très juste de parler des épreuves, de la confiance et du collectif.
Merci Axel pour ta confiance, et pour cette belle Conversation.
À propos d’Axel Allétru

Axel Allétru est athlète de haut niveau, pilote automobile, auteur et conférencier. Grand espoir du motocross français, il devient paraplégique à 20 ans après une grave chute en Championnat du monde en 2010.
Après sa rééducation, il se tourne vers la natation handisport et devient notamment 12 fois champion de France, avant de renouer avec les sports mécaniques. En 2020, il participe à son premier Dakar et s’impose dans sa catégorie.
En 2024, il publie avec Peggy Olmi Et toujours rebondir, aux éditions Albin Michel, dans lequel il revient sur son parcours et partage les clés qui lui ont permis de faire face aux épreuves et de se reconstruire.
Aujourd’hui, il partage son expérience auprès des entreprises autour de la résilience, de la motivation, de l’adaptation au changement et de la force du collectif.
Julien Tardy
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À travers son parcours et son expérience, Axel Allétru propose une conférence qui invite à porter un autre regard sur le changement, la résilience, la motivation et la capacité à avancer collectivement face aux difficultés.
Les équipes confrontées à des transformations peuvent également approfondir ces enjeux à travers nos accompagnements en management et leadership et en accompagnement du changement.
